Arcane XIII (tarot) — Traverser la fin
On y est.
Aujourd’hui marque un seuil.
Le solstice d’hiver marque ce moment précis où l’obscurité atteint son apogée, juste avant que la lumière ne recommence tranquillement à croître - une véritable invitation à ralentir le rythme.
Alors plutôt que de chercher à analyser ce qu’il s’est passé ou à projeter ce qui va arriver, j’avais envie de proposer un entre-deux : contempler ce passage. Me tenir un instant sur le seuil, sans chercher à le traverser trop vite. C’est comme ça que m’est venue l’image de l’Arcane XIII du tarot. Car s’il y a une figure qui incarne cette posture d’attention et de silence, c’est elle - celle qui, traditionnellement, n’a pas de nom.
Celle que l’on appellera plus tard : la Mort.
À l’image de Yule, célébration païenne du passage à la nouvelle année, cette arcane ne promet pas un renouveau immédiat. Elle reconnaît simplement qu’un basculement lent et profond est à l’œuvre.
À l’origine, dans le Tarot de Marseille, l’arcane XIII est la seule des arcanes majeures à ne porter aucun titre.
Sur les jeux anciens, on y voit un squelette en mouvement, avançant sur un sol jonché de restes humains. Il coupe, il sépare, il efface. En clair, il fait table rase.
L’association explicite à « la Mort » n’est venue que plus tard. Mais cette absence de nom, à l’origine, est essentielle. Elle dit quelque chose d’ancien et de juste : certaines réalités sont trop vastes pour être nommées sans être appauvries. Car cette carte ne raconte pas une fin spectaculaire. Elle montre un processus en cours, quelque chose qui se défait lentement et naturellement. Elle est un message de vie.
Mourir dans le tarot : apprendre à laisser faire.
Contrairement aux idées reçues, la mort dans le tarot n’est ni une condamnation ni une catastrophe. C’est un mouvement.
Dans le Tarot de Marseille, l’arcane XIII est associée à :
la transformation irréversible,
la mue,
le dépouillement,
la fin nécessaire d’un cycle.
Rien n’est puni ni jugé. La carte agit plutôt par soustraction, invitant à faire de la place - retirer ce qui encombre.
Pour faire simple, c’est une carte charnière, un seuil. Elle ne promet pas ce qui viendra après, mais elle offre quelque chose de plus précieux : la possibilité de s’arrêter, d’observer et surtout d’accepter le changement.
Contempler la fin pour mieux vivre le passage
La fin d’année nous pousse souvent à regarder devant, à anticiper et nous fixer des objectifs pour l’année à venir. L’arcane XIII nous propose l’inverse : regarder ce qui s’achève.
Avant le renouveau, il y a un temps pour reconnaître ce qui se termine. Comme le solstice d’hiver, la carte sans nom n’invite pas à l’action immédiate, mais à la présence. Elle nous rappelle que le changement commence souvent par une pause.
Contempler la fin, ce n’est pas s’y attarder par nostalgie, masochisme ou morbidité. C’est accepter le mouvement de la vie tel qu’il est, pour avancer plus léger - et peut-être aussi plus aligné.e avec soi-même.
Alors, en ce passage à une nouvelle année, que l’Arcane XIII nous apprenne à regarder ce qui disparaît — non pas avec crainte, mais avec attention.
Et que ce regard posé soit, peut-être, la plus belle façon d’entrer dans l’année à venir.
Je te souhaite un passage léger. Et la liberté de laisser partir ce qui n’a plus lieu d’être.